
Les ACF étaient réunis les 4 et 5 décembre chez Vert Compost 89, dans le Chablisien, pour évoquer les impacts non attendus des apports massifs de composts dans les sols. Si nous restons vigilants sur les teneurs en éléments traces métalliques, les composts restent pourvoyeurs de métaux lourds. Le cadmium, au-delà d’être un sujet d’actualité, est un bon modèle.
Nicolas Thévenin (DGAl) a fait part des préoccupations du fait de l’exposition croissante de la population française au cadmium qui dépasse aujourd’hui les seuils de toxicité. Principalement issu de l’alimentation, le principal d’action identifié est la fertilisation des cultures. La réduction à long terme de la teneur des sols en métaux lourds et en cadmium en particulier est un des objectifs poursuivis dans le projet de textes « Socle commun matières fertilisantes et supports de cultures ».
Thibault Sterckeman (INRAE – Université de Lorraine) a présenté les interactions du cadmium avec les éléments du sols et les mécanismes d’absorption et d’accumulation dans les plantes dans lesquelles il entre très facilement. Les composts sont des sources mineures de cadmium pour les sols mais apportent de la matière organique, capable d’interagir et de fixer durablement le cadmium. Il n’est de fait plus disponible pour les plantes. Bonne nouvelle, le compost serait donc plutôt à classer parmi les antidotes ! Autre piste, des lignées génétiques de plantes capables de réduire la circulation dans leur organisme en le piégeant au plus vite après l’absorption. L’accumulation serait alors essentiellement racinaire.
Autre effet présenté, la plus faible efficacité des désherbants racinaires sur les sols bien pourvus en matière organique. L’impact est observé, les mécanismes en jeu bien expliqués mais les solutions moins évidentes : la matière organique et la vie microbienne qu’elle soutient fixent et dégradent davantage les molécules réduisant leur disponibilité et leur résilience. Jean-François Debroncourt (Syngenta) a évoqué les quelques pistes agronomiques, parfois à rebours d’autres préconisations, dans un contexte de réduction des formules chimiques proposées sur le marché.
Des effets non souhaités, certes, mais largement compensés par les bénéfices liés à l’apport de matière organique !

